Près de la moitié des ferries d'Europe pourraient être électrifiés

En France, plus de la moitié des ferries pourraient être électrifiés, mais des obstacles économiques et d’infrastructures freinent encore leur déploiement à court terme.

Selon une nouvelle étude de T&E, plus de 50 % des ferries opérant en Europe pourraient adopter dès aujourd'hui une propulsion électrique, totale ou hybride. La rentabilité reste toutefois un frein majeur. Seuls 15 % des navires seraient rentables dès 2025, malgré les gains environnementaux attendus. Cette part pourrait dépasser un tiers d’ici 2035, sous réserve d’améliorations technologiques et économiques.

Le cas emblématique de la ligne Calais-Douvres

La liaison Calais-Douvres illustre les enjeux français de décarbonation maritime. Elle constitue la route ferry la plus fréquentée d’Europe, avec environ 24 000 traversées annuelles.

Les 13 navires opérant depuis Calais ont émis 51 tonnes de SOx en un an, soit 125 fois plus que le parc automobile local. Selon T&E, l’ensemble de ces ferries pourrait être électrifié sur le plan technique. Toutefois, aucun ne présente aujourd’hui de rentabilité économique, en raison des coûts énergétiques et des besoins en infrastructures. Le prix de l’électricité, notamment côté britannique, constitue un autre frein majeur à la transition de la ligne.

Malgré ces freins, plusieurs compagnies ont annoncé leur intention d’opérer des liaisons France-Angleterre 100% électrique en 2035. C’est notamment le cas de l’opérateur DFDS qui prévoit la mise en service de six ferries à propulsion électrique d’ici à 2035 depuis Calais et Dunkerque.

L’enjeu de l’infrastructure

Autre obstacle identifié : celui du déploiement des infrastructures de recharge portuaire. Les besoins en puissance électrique et en équipements de quai restent élevés pour certaines lignes intensives.

Par ailleurs, la fiscalité énergétique crée un déséquilibre défavorable à l’électricité. Contrairement aux carburants fossiles, celle-ci reste soumise à des taxes plus élevées pour les usages maritimes. Une situation qui limite l’attractivité économique des ferries électriques, pesant même davantage que les freins d’ordre technologiques.

Des leviers à actionner à l’échelle nationale

T&E propose plusieurs mesures pour accélérer l’électrification en France. Selon l’ONG, l’élargissement des certificats d’économie d’énergie (CEE) au transport maritime figure parmi les priorités.

L’intégration des infrastructures portuaires électriques dans le futur dispositif IRICC, remplaçant de l’actuelle Tiruert, est également recommandée. L’État pourrait aussi agir via la commande publique, en intégrant des critères zéro émission dans les délégations de service public.

Enfin, une révision de la fiscalité énergétique apparaît nécessaire pour rééquilibrer les coûts entre électricité et carburants fossiles. Ces leviers visent à structurer une filière maritime électrique cohérente à l’échelle nationale.